La Transition, de 1972 à ce matin

Ce texte a été construit en octobre 2017 sur base de l’analyse La Transition, histoire d’une idée rédigée par Pablo Servigne et publiée sur Barricade.be.


Le concept de transition nait en 1972. Le Club de Rome, un groupe de recherche international, publie le rapport The limits to growth (en PDF, en anglais, sur clubofrome.org). Celui-ci conclut que «si les taux de croissance [de l’époque] de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution, de la production de nourriture, et de l’épuisement des ressources demeurent inchangés, les limites à la croissance sur cette planète seront atteintes au cours des 100 prochaines années. La conséquence la plus probable sera un brusque et incontrôlable déclin à la fois de la population et de la capacité industrielle». Le monde prend donc acte que la croissance économique est limitée. Mais les années 70 sont aussi celles des premiers chocs pétroliers. La société occidentale entrevoit la fin de l’ère du pétrole, mais ne veut pas y croire.

Le fameux «pic pétrolier», qui indique le moment où la production mondiale de pétrole plafonnera avant de décliner, aurait été passé en 2006 selon l’Agence Internationale de l’Energie. Mais le pétrole n’est pas le seul problème: dans une vingtaine d’années, il se pourrait que nous passions le pic du gaz naturel, et dans une quarantaine d’années le pic de l’uranium (si toutefois on continue à investir dans l’énergie nucléaire…). Et c’est aussi oublier les autres ressources stratégiques comme le phosphore, indispensable à l’agriculture industrielle, qui commence déjà son déclin.

Mais en 2006, personne – «en haut» – ne veut entendre de mauvaise nouvelle. C’est à ce moment qu’on commence à sérieusement médiatiser le réchauffement climatique. Le monde scientifique s’accorde sur un consensus: le réchauffement est un fait, les activités humaines en sont la cause, le problème est global, et les conséquences sont potentiellement désastreuses.

La vie continue… et la crise financière de 2007 marque les esprits. Car en plus d’une crise de confiance mondiale, elle a mis à jour l’interdépendance de tous les pays ainsi que la fragilité, l’injustice et l’absurdité du système financier mondial. En 2008, 35 pays sont touchés par des émeutes de la faim causées par l’augmentation brutale des prix des principales denrées alimentaires (blé, maïs, riz, etc.).

La même année (2008) paraît le Manuel de Transition, le livre fondateur du mouvement des Villes en Transition. Son auteur, Rob Hopkins, remarque que certains écologistes ont une étrange tendance à minimiser ou occulter l’un ou l’autre des deux problèmes (le changement climatique OU le pic pétrolier). Pour Rob Hopkins, « il est essentiel d’accorder une égale importance au changement climatique et au pic pétrolier dans toutes nos décisions à venir ». Il faut inviter un nouveau «système».

 

« Le changement climatique nous dit que nous devrions changer, tandis que le pic pétrolier nous dit que nous allons être forcés de changer » — Rob Hopkins

 

L’esprit humain a cela de particulier que lorsqu’on lui demande de changer un comportement nuisible, il ne le fera pas tant qu’il ne verra pas une alternative crédible. L’une des grandes avancées du mouvement des Villes en Transition est sans aucun doute d’avoir su «débloquer» notre esprit et le tourner vers des actions positives, concrètes et libératrices: un avenir SANS croissance mais AVEC prospérité.

 

« Cette préoccupation de contourner les barrières psychologiques et d’adopter une vision positive de l’avenir est l’aspect le plus original et le plus fascinant de la Transition » — Pablo Servigne

 

L’autre grande nouveauté de la Transition, c’est la résilience. C’est un concept qui, dans ce cadre, peut se définir comme « la capacité d’un système à absorber une perturbation et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction ». La résilience désigne simplement la capacité d’un écosystème à résister aux chocs et aux changements. La Transition invite alors à construire de la résilience plutôt que de limiter les émissions de carbone : c’est psychologiquement plus positif et socialement plus constructif.

Voici les quatre prémisses sur lesquelles est fondée la Transition décrite dans le manuel :

  1. Nous ne pourrons pas éviter de vivre en consommant beaucoup moins d’énergie. Il vaut mieux s’y préparer que d’être pris par surprise ;

  2. Nos établissements humains et nos communautés manquent de la résilience nécessaire pour survivre aux importants chocs énergétiques qui accompagneront le pic pétrolier ;

  3. Nous devons agir collectivement et nous devons le faire maintenant ;

  4. En stimulant le génie collectif de notre entourage pour concevoir en avance et avec créativité notre descente énergétique, nous pouvons construire des modes de vie plus interreliés, plus enrichissants et qui reconnaissent les limites biologiques de notre planète.

On part donc du postulat que les conditions extérieures nous obligeront à changer radicalement de mode de vie dans un futur proche. Alors plutôt que de subir ce changement, il s’agit de l’anticiper et de le préparer dès à présent.

Cette anticipation, pensée et vécue collectivement (le «rêve» dessiné au terme du G100 en avril), puis transformée localement en actions, c’est cela la Transition. Le mouvement des Villes en Transition ne tente pas de changer le monde «par le haut», mais au contraire naît de l’organisation locale des citoyens.

C’est imaginer, programmer et construire localement une descente énergétique qui prendra 30 ou 40 ans et nous conduira à l’ère «post-carbone». Ne pas faire table rase signifie forcément qu’il y aura des compromis utiles à faire et des rapports de force à gérer. Personne ne sait vraiment quels chemins seront empruntés, puisque les choix se font sur place avec les personnes présentes. Il n’y a pas de programme officiel.

La Transition est une vision positive et pragmatique de l’avenir. En fait, c’est bien plus qu’une idée, c’est du concret ! On peut même s’aventurer à dire que c’est le défi de notre génération.

Pour aller plus loin

Analyses

La Transition. Histoire d’une idée — Pablo Servigne, 2011.
http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/transition-histoire-une-idee

Introduction à la transition économique et écologique — Christian Jonet, 2010.
http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/introduction-transition-economique-ecologique

Livres

Rob Hopkins, Manuel de Transition, Silence/Ecosociété, 2010.
Tim Jackson, Prospérité sans croissance, Etopia/De Boeck, 2010.

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